Attentats 2015 : de l’image à l’hommage

Les réalisateurs de « Vous n’aurez pas ma haine » et « Bernard Maris, à la recherche d’un anti-économiste » ont un point commun. Ils ont chacun perdu un être cher lors des attentats de janvier et novembre 2015. De cette épreuve, Antoine Leiris et Hélène Fresnel ont sorti deux films. Deux manières de rendre hommage à ceux qu’ils ont perdus, et à ceux qui restent.

« Le fait d’être dans l’ombre la plus épaisse fait qu’on est obligé d’aller chercher la petite lumière à l’intérieur ». Pendant 71 minutes, Antoine Leiris part en quête de cette lueur d’espoir. Dans son documentaire « Vous n’aurez pas ma haine », il rencontre plusieurs victimes d’attentats pour comprendre leur douleur, mais surtout leur reconstruction. Lui-même a perdu sa femme au Bataclan, le 13 novembre dernier. Quelques jours après le drame, il avait publié sur Facebook une tribune intitulée « Vous n’aurez pas ma haine ». Partagée plus de 230 000 fois, le texte avait fait le tour de la planète. S’en est suivi un livre du même nom en 2016, puis un documentaire.  « J’ai fait ce film pour me forcer à sortir de moi-même pour aller rencontrer les autres. J’avais peur de les rencontrer mais eux aussi avaient peur. Je voulais rencontrer d’autres profils, d’autres parcours (…) et m’enrichir d’eux ».

Réparer les vivants

Un documentaire résolument thérapeutique, où le personnage principal incarné par Antoine lui-même suit un parcours de reconstruction. Au fil de son enquête, il rencontre des blessés, des veuves, des rescapés. Des gens qui ont été touchés dans leur chair comme dans leur âme. Mais qui se sont relevés.

Comme Latifa, dont le fils a été assassiné par Mohammed Merah, et qui parcoure désormais les lycées de France pour sensibiliser à la radicalisation. Ou Amaury et sa petite-amie, tous deux rescapés du Bataclan. Et dont le premier enfant est né le 13 novembre 2016. Ici, l’hommage est surtout rendu aux vivants.

Ressusciter les morts

Hélène Fresnel, dernière compagne de Bernard Maris, a eu une démarche différente de celle d’Antoine. « Lui a tout de suite été vers la vie, parce qu’il avait un petit garçon. Il fallait qu’il reste optimiste. Alors que moi, j’ai été tentée de ramener Bernard vers les vivants. Et aussi peut-être d’aller vers l’au-delà, de continuer à lui parler ». Pour Hélène Fresnel, ce documentaire est avant tout un moyen de faire vivre l’homme derrière la victime. « Un peu égoïstement, je voulais laisser une trace de notre histoire. Montrer l’image d’un corps qui bouge, qui rit ».

Hélène Fresnel : « L’idée du film, continuer de rester en contact avec lui »

Pendant 52 minutes, elle retrace la vie de cet homme qui a partagé sa vie, sans pour autant gommer ses contradictions. Elle nous présente l’Oncle Bernard insolent de Charlie Hebdo, l’écolo engagé, le golfeur du XVIème arrondissement et le Toulousain fier de ses racines. Mille facettes d’une personnalité condensées en un film, pour que personne n’oublie que Bernard Maris n’était pas juste une victime des frères Kouachi.

Tenir la distance

Hélène Risser, co-réalisatrice du documentaire, a aussi connu l’économiste. « C’est compliqué de faire le portrait de quelqu’un dont on est proche, reconnait-elle. La distance est importante pour éviter la pure louange ».

À l’inverse, la compagne du chroniqueur assume son manque d’objectivité : « Je ne voulais pas garder de distance dans ce film. Au contraire, je voulais être le plus près de lui possible ». Si ce projet s’est révélé salvateur pour Hélène, il a aussi été difficile à vivre. « Le film a été développé, tourné et réalisé en moins de six mois, précise-t-elle. Mais je ne sais pas si j’aurais tenu plus longtemps. J’ai encore du mal à regarder les images ».

« Vivre, parce qu’il le faut ! »

Vouloir retrouver l’être cher en lui dédiant un long format, tout en marchant sur ses traces et ressentir plus vivement sa disparition, c’est tout le paradoxe. Antoine Leiris a eu le même sentiment, celui de la boule au ventre avant chaque rencontre, la peur de ressasser le drame sans pouvoir avancer : « ça a parfois été dur. Mais ça nous a fait du bien ! ».

Finalement, Antoine Leiris et Hélène Fresnel semblent avoir trouvé leur lueur d’espoir. L’un dans les témoignages de vie porteurs d’un message de paix,  l’autre dans la satisfaction d’avoir gravé l’être aimé dans la mémoire collective. Et tous deux poursuivent leur vie avec la même injonction : « Vivre, parce qu’il le faut ! »

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