Israël : immersion inédite chez les ultra-orthodoxes

Dans son film « Israël : sous la pression des ultras », la journaliste Bethsabée Zarka nous offre une plongée dans l’univers des « haredim », ces Juifs fondamentalistes qui prônent une lecture rigoriste de la Torah. Un travail d’enquête qui a nécessité de longs mois d’investigation.

Dans les rues de Jérusalem, ils sont facilement reconnaissables. Longs uniformes noirs et blancs et grands chapeaux, ils forment un groupe puissant et occulte. « Ils », ce sont les « haredim », des Juifs ultra-orthodoxes dont l’influence est de plus en plus grande en Israël. Education, mariage, divorce et droit de la famille : dans leur communauté, ils contrôlent tout. Et disposent même d’une certaine emprise sur le gouvernement israélien. Pourtant, en dehors des frontières du pays, ce sujet reste méconnu.

« La plupart du temps, quand on évoque Israël dans les médias, c’est sous le prisme du conflit avec la Palestine, explique Bethsabée Zarka, co-réalisatrice d' »Israël, sous la pression des ultra-orthodoxes ».  Nous, la première fois qu’on a entendu parler de cette situation, c’était en 2009. Dans un reportage, une scène nous avait interpellés : celle de ces Juifs ultra-orthodoxes brûlant le drapeau israélien lors de la fête nationale ». Bethsabée Zarka et Ibar Aibar, le second co-réalisateur, sont les premiers journalistes français à parvenir à approcher ces fondamentalistes. Leur documentaire offre une plongée en immersion dans cette communauté pour qui la religion est suprême et la démocratie annexe. Une réalisation longue et ardue. Au total : plus d’un an d’enquête.

« Les « haredim » n’ont aucun intérêt à s’ouvrir aux autres »

Car les ultra-orthodoxes sont une communauté difficile à contacter. Repliés sur eux-mêmes, ils ne sont pas non plus prosélytes. « Les « haredim » n’ont aucun intérêt à s’ouvrir aux autres, et encore moins aux journalistes », confie Bethsabée. Auparavant fixeuse en Israël, elle connaît bien le pays. « Le plus dur a été de trouver des témoins acceptant que l’on pénètre dans leur intimité. Beaucoup de familles étaient d’accord pour nous répondre. Mais elles ne voulaient pas être filmées ». Dans les foyers des ultra-orthodoxes, ni télévision, ni radio, ni internet. Ils refusent la modernité. Alors pour eux, la présence d’une caméra est vécue comme une intrusion inacceptable.

D’ailleurs, au début du film, on suit Bethzabée Zarka et Ibar Aibar déambuler dans les rues de Méa Shearim, un quartier ultra-orthodoxe situé au nord de Jérusalem. Au bout d’à peine quelques minutes, les journalistes se font interpeller par des résidents, comme le raconte Ibar Aibar : « On nous a clairement fait comprendre qu’il fallait qu’on parte. Où que nous allions sans être accompagnés, nous n’étions pas les bienvenus. En nous voyant arriver, parfois, les gens baissaient les yeux ou partaient se réfugier ailleurs ».

Femme et journaliste : sous le regard des hommes

Au cours du tournage, pour Bethsabée Zara, le fait d’être une femme a parfois aussi été un obstacle. Chez les ultra-orthodoxes, la place des femmes est très codifiée. Obligées de se couvrir les cheveux dans la sphère publique, elles ne jouissent pas des mêmes droits que les hommes, notamment en matière en matière d’éducation et de divorce. Pour la journaliste, il a parfois fallu batailler pour obtenir des entretiens. « Certains interlocuteurs n’ont pas voulu nous recevoir parce que j’étais une femme. Et quand nous rencontrions des hommes dans la rue par exemple, ils ne me regardaient même pas dans les yeux. Heureusement qu’il y avait Ibar. Sa présence nous a parfois facilité l’accès à des personnes ou à deux lieux ».

En cinquante minutes, ce documentaire nous offre une plongée inédite dans l’univers fermé et à la fois fascinant des ultra-orthodoxes. Aujourd’hui, en Israël, ces fondamentalistes représentent un million de personnes pour 8,5 millions d’habitants. En 2059, ils atteindront un-tiers de la population totale du pays … Et donc autant d’électeurs potentiels. Pour Bethsabée Zarka et Ibar Aibar, « Israël finira peut être rongé par un ennemi de l’intérieur ».

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