Rencontre avec… Georges Marque-Bouaret, délégué général du FIGRA

Il est le créateur, le chef et le papa du FIGRA. Le Figr’Actu a rencontré Georges Marque-Bouaret pour en apprendre un peu plus sur lui et sur son parcours. 

Le Figr’Actu : Que faisiez-vous avant le FIGRA ?

Georges Marque-Bouaret : Le FIGRA, ça fait déjà trente ans pour moi ! C’est une carrière, une grosse partie de ma vie… Mais avant, puisque c’est votre question, j’étais animateur socio-culturel. Dans le social, mais toujours dans le culturel. J’étais par exemple chargé de la culture dans des foyers. J’avais, à l’époque, pensé quitter cette profession pour entrer dans le cinéma mais j’avais laissé tomber.

Vous avez tout de même complètement changé de voie …

A un moment, j’ai décidé de changer : j’ai quitté la Bretagne où je travaillais  pour créer avec mes frères un restaurant, dans le sud de la France. Et Il y avait, dans ce restaurant, une petite scène. J’ai proposé qu’on organise des concerts. Il y en avait tous les samedis soirs. De fil en aiguille, la mairie m’a contacté pour que je m’occupe d’un festival. Et j’ai été piqué. Là, je faisais des ateliers vidéo avec les habitants de la Ciotta à l’occasion des 90 ans des frères Lumière. Comme quoi la vie vous rattrape…

L’année suivante, le thème du festival était « Cinéma d’aventure ». On m’a dit de m’en occuper.  J’ai pris ça comme un défi ! En regardant un reportage à la télé, je me suis dit que le reporter était peut-être le véritable aventurier : quelqu’un qui part loin et qui ramène une information. J’ai donc écrit un projet, et appelé ça « L’Aventure au quotidien », avant de devenir, quelques années plus tard, « L’Aventure de l’information ». Et ça a plu !

Pour des raisons de relations particulières avec les institutions locales, nous devions changer de ville. A l’époque, l’équipe n’avait pas voulu continuer… J’ai repris le flambeau et j’ai monté le FIGRA au Touquet.

Le FIGRA a été créé en 1993. En un quart de siècle, quelles évolutions a connu le festival ?

Au début j’avais l’impression de faire le festival de Cannes… mais, en fait, il y avait très peu de monde. Environ 500 spectateurs, je dirais… Depuis, ça a bien changé [NDLR : environ 20 000 places] !

>> INFOGRAPHIE – Films, heures projetées, affiches.. Le FIGRA chiffré

Les professionnels ont toujours aimé ce festival et l’ont toujours suivi. Il y a quelques piliers depuis 25 ans. Grâce à ça, on est encouragés à continuer et à trouver la meilleure formule pour le festival. Tout cela a pris du temps.

Pour les films, à part les aspects techniques et la capacité de savoir faire de belles images rien n’a vraiment changé. Ceux qui savent raconter les histoires le font toujours, l’écriture filmique est la même. L’écriture « à la française » est toujours là.

Vous devez être fier de ce festival…

Fier ? Je pense être mal placé pour le dire. Content de son importance pour tout le monde, oui ! Des jeunes qui sortent avec la banane qui ont compris des trucs, des personnes âgées qui viennent me dire merci… Voilà ma récompense ! Mais ce que je ne m’explique pas, c’est que ces gens n’aient pas vu plus tôt ce que nous projetons au FIGRA. Alors que ça passe à la télé !  C’est ça qui me tue ! N’allument-ils jamais leur poste ? (rires) Mais au final, tant mieux pour nous !

Compétition : comment les membres du jury sont sélectionnés ?

Le jury, à l’image du festival, dépend de Georges Marques-Bouret. Le délégué général du FIGRA nous explique comment il sélectionne ses membres.

La priorité de Georges Marque-Bouaret est la parité au sein du jury. « Et surtout d’avoir des présidentes ». Cette année, Annick Cojean occupe le poste. «Cela fait deux ans que j’essaie de l’avoir… Elle est très occupée ! Elle m’a dit de la rappeler dans deux ans. J’ai donc rappelé deux ans plus tard », s’amuse-t-il.

«Une fois que j’ai ma présidente, je cherche un réalisateur, un producteur, un étranger…Et j’ai quelques figures imposées avec la SCAM (société civile des auteurs multimédias) et RSF (reporter sans frontière).»

Les présences dépendent aussi des disponibilités de chacun. Mais – surtout – « il faut qu’ils aiment le festival ! »

Compétition : comment les documentaires sont-ils choisis ?

Comment les films présentés au festival sont-ils sélectionnés ? Cette décision dépend d’un homme, le fondateur et délégué général du FIGRA : Georges Marque-Bouaret.

Des mois en amont de l’événement annuel, Georges Marque-Bouaret, fondateur et délégué général du FIGRA visionne environ 300 films. «Je commence le visionnage vierge de tout a priori. Sans chercher quoique ce soit en particulier, comme n’importe qui mais avec une fiche de notation. Donc je note et après je fais un commentaire comme un critique.»

Après cette étape, il peut faire un tri. En général, une centaine de films se dégagent de cette phase de sélection. Avec eux il fait sa « chimie », selon les catégories. Plusieurs qualités en se retrouvent dans chacun des films sélectionnés : « La clarté, les effets de surprise, le peps… ».

Paroles d’anciens primés : Daniel Grandclément, Grand prix +40 mn (2008)

Chaque année depuis sa création, le FIGRA récompense plusieurs réalisateurs pour leurs films. Dans cette rubrique, nous donnons la parole à d’anciens primés. Aujourd’hui, c’est le tour de Daniel Grandclément. 9 ans après avoir été primé, il nous confie son témoignage et nous explique ce que gagner a changé pour lui.  

 

« Quand j’ai été primé, je me suis senti reconnu dans ce métier. Pas vis-à-vis des autres mais pour moi. C’était un grand bonheur. Par la suite, le film a eu une notoriété bien plus grande que mes autres documentaires. Il a été vu dans 25 pays. »

Lors de l’édition 2008 du Figra, il a été lauréat du « Grand prix » du festival pour « Les martyrs du golf d’Aden ». Cette année, il présente « Les enfants du port » dans la catégorie « documentaires de plus de 40 minutes ». Il a suivi les enfants des rues à Haïti.

 

« Latifa, une femme dans la République » : 3 questions à la réalisatrice

3 Questions à Jarmila Buzkova pour le film « Latifa, une femme dans la République » diffusé sur France 2, le 7 mars dernier. Elle a suivi Latifa Ibn Ziaten, mère d’une des victimes de Mohammed Merah en 2012. Depuis, elle se bat pour qu’il n’y est « plus jamais de Merah ».

 

Figr’Actu : Comment avez-vous eu l’idée de faire ce film ?

Jarmila Buzkova : J’avais regardé Latifa il y a plusieurs années sur un plateau de télévision. J’étais intriguée par cette femme qui, à l’époque, parlait en faisant beaucoup de fautes de français, dans une langue très simple mais avec un message très important, déjà, que j’ai eu envie de creuser. Avec son regard bienveillant, sa voix douce, elle vous met tout de suite à l’aise, même s’il a fallu du temps pour qu’elle m’ouvre son intérieur et me fasse confiance. Ce film pose beaucoup de questions auxquelles elle ne répond pas : c’est aux autres d’y répondre.

Le film a-t-il été difficile à réaliser ?

Il a fallu obtenir sa confiance mais aussi celle de ses proches, qu’au départ, elle ne souhaitait pas impliquer. Elle est déterminée et protégée par la police parce que menacée. Mon producteur a tout de suite été convaincu par le film et ce que j’avais écrit. En revanche, il a fallu 5 mois pour convaincre la chaîne.

Comment s’est déroulée la scène plus difficile en prison ?

L’accueil n’a pas toujours été bon pendant le tournage. J’ai même eu peur que ça dégénère avec les détenus. Mais certains ont fini par calmer les autres, en leur demandant de respecter Latifa qui ne se démonte pas. Elle sait aussi tenir tête à ceux qui ne reçoivent pas son message – c’est là sa force qui m’a impressionnée. J’ai hésité au montage à garder cette séquence mais finalement elle est importante.

Des adolescents ovationnés par le public du FIGRA

Parmi les réalisateurs de la sélection 2017, certains se sont immergés dans le monde de l’école. Marine Place est retournée sur les bancs du lycée aux côtés des Bac Pro Gestion et Administration (G.A.) de Béthune. Benoît Grimont, lui, a suivi les cours d’un professeur d’éducation physique, Yves Le Coz, avec des troisièmes du XXème arrondissement de Paris.

Être suivi pendant un an par une caméra est marquant pour des jeunes de cet âge. L’équipe de réalisation les a vu grandir et gagner en confiance aux côtés de leurs professeurs.
« Au début, ils ne voulaient même pas se lever pour parler devant leurs camarades », explique Benoît Grimont. C’était lors du tout premier cours. Celui où ces collégiens en classe de troisième du XXème arrondissement de Paris ont appris qu’ils allaient devoir apprendre une chorégraphie. Mais surtout qu’ils allaient faire leur représentation dans la rue. « Mais c’est ficha (la honte) ! » s’esclaffaient-ils alors.

Dans Le prof de gym, Benoît Grimont suit un professeur d’EPS dans son projet annuel : créer un clip avec une classe de troisième dans la rue. À Béthune, le collège avait « abîmé » les lycéens en première GA. Ils se retrouvaient dans une filière « poubelle », comme ils disent. En apprenant que Marine Place allait les filmer durant une année scolaire ils pensaient « n’avoir rien d’intéressant à dire ».

La création

« Je voulais faire un documentaire sur une classe de bac pro mais je voulais que le regard vienne d’eux. Que les élèves soient impliqués », explique Marine Place. Alors, elle les a mis au travail.  Ils ont écrit une chanson, chanté, dansé. Ils ont filmé, interviewé et étaient même les narrateurs de l’histoire. « Ça les rendait plus acteurs », poursuit la réalisatrice.
Manon, 19 ans, a même passé un weekend avec l’équipe de production pour dessiner les story board qui ponctuent le documentaire. Une « vraie fierté » pour la jeune femme. Marine Place « a vu ce qu’on pouvait faire, qu’on avait des talents », résume Paul Joseph.

Quant aux troisièmes, c’est sans s’en rendre compte qu’ils ont, eux même, créé leur chorégraphie. Leur professeur leur a fait faire des exercices, qui, petit à petit, les ont menés vers la danse. Ils ont, par exemple, épelé leur nom avec leurs corps. De ces gestes Yves Le Coz a tiré des pas. De ces pas, il fait naître une danse.

Des professeurs exceptionnels

Pour Benoît Grimont, cet enseignant est au cœur de son projet de film : « C’est l’histoire d’une ambition incroyable, celle d’un prof ». Dès les premiers instants à ses côtés il a compris qu’il avait fait le bon pari. « Dès le tournage, j’ai ressenti les petites émotions que l’on ressent pendant qu’on regarde le film. Ce qui est très rare. »
Lors de la première diffusion, les élèves et leurs parents ont ovationné l’enseignant, figure essentielle de leur vie. « Un grand moment d’émotion », se souvient le réalisateur. À chaque projection, les première GA aussi mettent leurs professeures à l’honneur : « Leurs deuxièmes mamans », des femmes qui les comprennent, leur font aimer l’école et leur « redonnent confiance ».

Face au public du FIGRA, les lycéens rient, racontent, répondent. « Bravo, vous êtes magnifiques », leur lance une spectatrice. Dire qu’il y a encore un an, ils pensaient n’avoir « rien à raconter ».

 

Son : Le journalisme aujourd’hui, parole aux lycéens

Marine, Margaux et Juliette ont 17, 16 et 15 ans. Elles sont en première STAV (Sciences et technologie de l’agronomie et du vivant).
Avec leur classe et leurs professeurs elles sont venues d’Hazebrouck (Nord) pour passer une journée au FIGRA et assister aux projections.
Ce mercredi 22 mars, elles ont vu « Nous les G.A. » de Marine Place, sur une classe de bac pro et « Mon président est en voyage d’affaire », l’enquête de Cash investigation sur un voyage officiel de François Hollande en Azerbaïdjan.
Nous sommes allés à leur rencontre pour récolter leur ressenti sur les films et le métier de documentariste.  Pour elles, « il faut avoir du courage pour être journaliste ».