Réaliser un docu en 10 étapes

 

Agnès Molia, directrice de la rédaction dans la boîte de production Tournez s’il vous plaît, nous a aidé à reconstituer les dix étapes de réalisation d’un film documentaire, de l’idée à la diffusion.

  1. Le réalisateur se présente au producteur avec une idée de projet. Ils vont en discuter, et essayer de définir comment il peut être réalisé. En général, le réalisateur arrive avec une idée peu développée de l’histoire qu’il veut raconter, sans vraiment savoir à quelle chaîne il souhaite la proposer.
  2. Si le projet intéresse le producteur, c’est à lui d’aller chercher un diffuseur. Il va se demander quelles chaînes seraient susceptibles d’être intéressées par le film. Il va choisir un ou deux médias et préparer un pitch (un résumé du film en quelques lignes) pour les convaincre d’investir. Ce premier descriptif sera adapté à chaque chaîne, pour coller au plus près à sa ligne éditoriale.
  3. On passe ensuite à la phase de développement. C’est là que le réalisateur va préparer un dossier d’environ vingt-cinq pages à présenter aux chaînes pour les convaincre d’investir et de diffuser son futur documentaire. Le réalisateur doit présenter une note d’intention (pourquoi il est le mieux placé pour faire ce film), un synopsis (le scénario du grand format), le pitch (de quoi il veut parler) et une note de réalisation (comment il compte tourner le film). Le producteur ajoute également une lettre de soutien au dossier.
  4. Une fois le dossier envoyé, la chaîne décide si elle se porte partenaire du film. Souvent, une commission se réunit pour prendre la décision de manière collégiale. Si elle refuse de prendre part au projet, le producteur va chercher un autre diffuseur. Les refus étant très fréquents, les producteurs et réalisateurs sont habitués à réécrire les dossiers plusieurs fois en fonction des médias qu’ils démarchent.
  5. Si la chaîne accepte, le producteur va se mettre à chercher d’autres sources de financement. Il va notamment présenter un dossier au Centre National du Cinéma, aux régions et à d’éventuels distributeurs étrangers pour trouver des subventions.
  6. Commence enfin le moment tant attendu du tournage. Il s’écoule souvent plus d’un an entre le moment où le réalisateur trouve un producteur et le moment où il commence à tourner la première image de son film sur le terrain. Cette étape est la plus redoutée des producteurs, puisque tout peut arriver. Un accident, un imprévu et c’est tout le planning de tournage qui prend du retard. Agnès Molia est bien placée pour le savoir : l’une de ses équipes actuellement en tournage au Pérou a perdu un jour de travail à cause d’intempéries et de routes bloquées. Pour un 52 minutes (et sans imprévus), cette étape dure environ vingt jours.
  7. Une fois le tournage terminé, le réalisateur entame la phase de post-production. Il va commencer par dérusher, c’est-à-dire visionner et trier l’ensemble des images tournées sur le terrain. C’est une étape indispensable mais très chronophage, puisqu’en moyenne il faut 100 heures d’images pour monter un film de 52 minutes. Ensuite, le réalisateur est rejoint par le monteur qui va l’aider à construire les séquences du documentaire. Cette étape dure environ 25 jours.
  8. Une fois la première version terminée, le producteur et les représentants de la chaîne rejoignent le réalisateur en cabine de montage pour valider le film. Le film est souvent réécrit plusieurs fois, pour satisfaire aux demandes de chacun.
  9. Après validation de tous les acteurs, le réalisateur passe au mixage. C’est là qu’il va enregistrer son commentaire. Cela lui prend souvent deux jours. Puis le film est retravaillé par un étalonneur, qui va homogénéiser la colorimétrie des images.
  10. Dernière étape : la livraison à la chaîne et la diffusion du documentaire.

L’ESJ au FIGRA

Des réfugiés entassés dans des camps au Kenya et en Jordanie. Des enfants qui grandissent à l’ombre de terrils dans le nord de la France et des dissidents politiques chinois en exil. Des femmes détenues en France qui reviennent sur leur passé criminel. Des conjoints endeuillés par les attentats de 2015 à Paris. Ces personnages, nous ne les rencontrerions jamais sans la persévérance, l’indépendance et l’œil sensible des grands reporters.

A la rencontre des témoins du monde

Le Festival international du grand reportage d’actualité et du documentaire de société (FIGRA), au Touquet-Paris-Plage, est l’un des rares événements entièrement dédié à leur travail. Notre petite équipée d’étudiants en journalisme a la chance d’y assister.  Plus de 70 des meilleurs films documentaires de l’année y sont présentés. L’occasion de rencontrer leurs réalisateurs, de débattre sur l’état de la profession de reporter, ou encore de redécouvrir le palmarès 2016.

Figr’Actu a pour vocation de partager ces découvertes, le temps d’un festival. Nous y suivons, en direct, les moments forts du festival : tables rondes, théâtre documentaire, palmarès… Nous y exposons sans vernis superflu une photographie du monde d’aujourd’hui, dessinée par la sélection officielle 2017. Nous y dressons encore l’état des lieux d’une profession : ses réalités économiques, les circuits de production, les processus de fabrication des grands reportages.

Avec Figr’Actu, entrez avec nous dans les coulisses du FIGRA 2017. Bon festival à tous !