FIGRA 2017: retour le palmarès !

Après une semaine de projections et de débats, le festival s’est achevé par la soirée de remise des prix. A la fin de cette 24ème édition, quinze films ont été récompensés par le jury et le public.

 

  • Compétition internationale + de 40min

Le grand prix du FIGRA  a été attribué à « Syrie, retour à Alep« , réalisé par Marcel Mettelsiefen. Un grand format consacré à une famille syrienne, dont le documentariste suit l’exil jusqu’en Allemagne.  (52 minutes, production ARTE G.E.I.E)

Le film a aussi été récompensé par le Jury Jeunes, composé de dix lycéens originaires des Hauts-de-France.

Dans la même catégorie, le prix spécial du Jury a récompensé « Kurdistan, la guerre des filles« . Un long format de 53 minutes dédié au combat des femmes kurdes contre Daesh. Le film a également remporté le prix du public dans la catégorie + de 40 minutes. (Production Magnéto Presse / Arte France)

Le prix SCAM de l’investigation a récompensé le travail de Pierre Chassagnieux et Stéphanie Thomas pour « Les enfants volés d’Angleterre« . (Dream Way Productions, 66min).  Tandis que le prix Olivier Quemener/ RSF a récompensé le film de Jacques Charmelot intitulé « Intox: Irak, une véritable imposture« . (Production Sunset Presse, 52min).

Impressionnés par la sélection de cette année, les jurés ont également décidé de remettre deux mentions spéciales. L’une à Laëtitia Moreau et Olivier Dubuquoy pour « Zone Rouge, histoire d’une désinformation toxique » (produit par Bachibouzouk,  Les Films d’Ici, Gorgone Productions et France 3 Corse Via Stella, 53min). L’autre à « Molenbeek, génération radicale? » réalisé par Chergui Kharroubi et José Luis Peñafuerte (production RTBF / Arte G.E.I.E, 64 min).

  • Compétition internationale -40 minutes

Le grand prix du FIGRA a été attribué à Thomas Dandois pour son film « Gaza, la grande évasion » (production Memento et Arte G.E.I.E, 24min).

Tandis que le Jury a attribué une mention spéciale au film « Loza » de Jean-Sébastien Desbordes. Un documentaire de 32 minutes consacré à l’exil d’une petite fille soudanaise en Europe. (Production France 2).

 

L’équipe de Loza récupère son prix lors de la soirée de clôture du festival.
  • Catégorie Terre(s) d’Histoire

Le jury présidé par Geneviève Boyer a décerné le prix Terre(s) d’Histoire à Emmanuel Blanchard et Fabrice Salinié pour « Le monde sous les bombes: de Guernica à Hiroshima« . (Production Compagnie des Phares et Balises, 90min). Une mention spéciale a aussi récompensé le travail d’Olivier Lamour et Xavier Harel pour leur documentaire intitulé « La Suisse, coffre fort d’Hitler« . (Production Little Big Story, 52min).

  • Catégorie Autrement Vu

Dans cette catégorie, le prix est décerné par le public. Il a décidé de féliciter Antoine Leiris et Karine Dusfour pour leur documentaire intitulé « Vous n’aurez pas ma haine« . Un long format de 71 minutes où le réalisateur part à la rencontre de victimes du terrorisme. (Production Eclectic Presse).

 

  • Prix Aïna Roger ESJ Lille FIGRACe prix, qui récompense un premier ou deuxième documentaire, a été décerné par cinq étudiants de l’école supérieure de journalisme de Lille. Ils ont choisi de souligner l’originalité de Gilles Vernet pour son film « Tout s’accélère« . (Production La Clairière Production/ Vosges TV, 81min).
Pierre Savary, directeur de l’ESJ Lille, remet le prix Aïna Roger à Gilles Vernet.
  • Prix coup de pouce 

Ce prix aide les jeunes documentaristes qui veulent mener à bien un projet de grand format. Cette année, le jury a été emballé par le projet de Niki Velissaropoulou intitulé « Nous ne vendrons pas notre avenir », consacré à deux adolescentes grecques.

Niki Velissaropoulou filme les personnages de son documentaire depuis déjà 4 ans.

Le jury a également donné une mention spéciale à Marine Courtade pour son projet de documentaire en Afghanistan: « Les acrobates de la réconciliation« . La journaliste, déjà nominée pour le prix Albert Londres, souhaite raconter l’histoire d’un cirque itinérant qui aide les enfants afghans à oublier la guerre.

  • Prix Varenne Web&Doc FIGRALe jury présidé par Rémi Bouquet des Chaux, directeur de la fondation Varenne, a décidé de récompenser Patrick Séverin pour son webdocumentaire « Les nouveaux Pauvres« . (Instants Productions).

 

 

 

 

10 jeunes dans le jury !

Cette année, dix lycéens de la région Hauts-de-France ont suivi le festival dans les mêmes conditions que le jury officiel. Toute la semaine, ils ont assisté aux projections et jugés les films de la catégorie « + de 40 minutes ». Samedi soir, lors de la cérémonie de clôture, ils décerneront même le prix du Jury Jeunes.

Rencontre avec… Georges Marque-Bouaret, délégué général du FIGRA

Il est le créateur, le chef et le papa du FIGRA. Le Figr’Actu a rencontré Georges Marque-Bouaret pour en apprendre un peu plus sur lui et sur son parcours. 

Le Figr’Actu : Que faisiez-vous avant le FIGRA ?

Georges Marque-Bouaret : Le FIGRA, ça fait déjà trente ans pour moi ! C’est une carrière, une grosse partie de ma vie… Mais avant, puisque c’est votre question, j’étais animateur socio-culturel. Dans le social, mais toujours dans le culturel. J’étais par exemple chargé de la culture dans des foyers. J’avais, à l’époque, pensé quitter cette profession pour entrer dans le cinéma mais j’avais laissé tomber.

Vous avez tout de même complètement changé de voie …

A un moment, j’ai décidé de changer : j’ai quitté la Bretagne où je travaillais  pour créer avec mes frères un restaurant, dans le sud de la France. Et Il y avait, dans ce restaurant, une petite scène. J’ai proposé qu’on organise des concerts. Il y en avait tous les samedis soirs. De fil en aiguille, la mairie m’a contacté pour que je m’occupe d’un festival. Et j’ai été piqué. Là, je faisais des ateliers vidéo avec les habitants de la Ciotta à l’occasion des 90 ans des frères Lumière. Comme quoi la vie vous rattrape…

L’année suivante, le thème du festival était « Cinéma d’aventure ». On m’a dit de m’en occuper.  J’ai pris ça comme un défi ! En regardant un reportage à la télé, je me suis dit que le reporter était peut-être le véritable aventurier : quelqu’un qui part loin et qui ramène une information. J’ai donc écrit un projet, et appelé ça « L’Aventure au quotidien », avant de devenir, quelques années plus tard, « L’Aventure de l’information ». Et ça a plu !

Pour des raisons de relations particulières avec les institutions locales, nous devions changer de ville. A l’époque, l’équipe n’avait pas voulu continuer… J’ai repris le flambeau et j’ai monté le FIGRA au Touquet.

Le FIGRA a été créé en 1993. En un quart de siècle, quelles évolutions a connu le festival ?

Au début j’avais l’impression de faire le festival de Cannes… mais, en fait, il y avait très peu de monde. Environ 500 spectateurs, je dirais… Depuis, ça a bien changé [NDLR : environ 20 000 places] !

>> INFOGRAPHIE – Films, heures projetées, affiches.. Le FIGRA chiffré

Les professionnels ont toujours aimé ce festival et l’ont toujours suivi. Il y a quelques piliers depuis 25 ans. Grâce à ça, on est encouragés à continuer et à trouver la meilleure formule pour le festival. Tout cela a pris du temps.

Pour les films, à part les aspects techniques et la capacité de savoir faire de belles images rien n’a vraiment changé. Ceux qui savent raconter les histoires le font toujours, l’écriture filmique est la même. L’écriture « à la française » est toujours là.

Vous devez être fier de ce festival…

Fier ? Je pense être mal placé pour le dire. Content de son importance pour tout le monde, oui ! Des jeunes qui sortent avec la banane qui ont compris des trucs, des personnes âgées qui viennent me dire merci… Voilà ma récompense ! Mais ce que je ne m’explique pas, c’est que ces gens n’aient pas vu plus tôt ce que nous projetons au FIGRA. Alors que ça passe à la télé !  C’est ça qui me tue ! N’allument-ils jamais leur poste ? (rires) Mais au final, tant mieux pour nous !

Confidences de juré : les critères de Bruno Joucla

Pour juger les 71 films projetés pendant l’édition 2017 du FIGRA, 34 jurés, dont 10 lycéens, sont aux commandes. Dans la catégorie « documentaires de plus de 40 minutes » par exemple, ils sont cinq. Parmi eux, il y a Bruno Joucla, vainqueur en 2016 du « Grand prix » du festival ainsi que du prix Aïna Roger-ESJ Lille. Pour « Figr’Actu », il nous explique sur quels critères les films sont évalués… et on a essayé de le piéger mais malheureusement, il ne nous a pas donné le nom du vainqueur… !

Compétition : comment les membres du jury sont sélectionnés ?

Le jury, à l’image du festival, dépend de Georges Marques-Bouret. Le délégué général du FIGRA nous explique comment il sélectionne ses membres.

La priorité de Georges Marque-Bouaret est la parité au sein du jury. « Et surtout d’avoir des présidentes ». Cette année, Annick Cojean occupe le poste. «Cela fait deux ans que j’essaie de l’avoir… Elle est très occupée ! Elle m’a dit de la rappeler dans deux ans. J’ai donc rappelé deux ans plus tard », s’amuse-t-il.

«Une fois que j’ai ma présidente, je cherche un réalisateur, un producteur, un étranger…Et j’ai quelques figures imposées avec la SCAM (société civile des auteurs multimédias) et RSF (reporter sans frontière).»

Les présences dépendent aussi des disponibilités de chacun. Mais – surtout – « il faut qu’ils aiment le festival ! »

Compétition : comment les documentaires sont-ils choisis ?

Comment les films présentés au festival sont-ils sélectionnés ? Cette décision dépend d’un homme, le fondateur et délégué général du FIGRA : Georges Marque-Bouaret.

Des mois en amont de l’événement annuel, Georges Marque-Bouaret, fondateur et délégué général du FIGRA visionne environ 300 films. «Je commence le visionnage vierge de tout a priori. Sans chercher quoique ce soit en particulier, comme n’importe qui mais avec une fiche de notation. Donc je note et après je fais un commentaire comme un critique.»

Après cette étape, il peut faire un tri. En général, une centaine de films se dégagent de cette phase de sélection. Avec eux il fait sa « chimie », selon les catégories. Plusieurs qualités en se retrouvent dans chacun des films sélectionnés : « La clarté, les effets de surprise, le peps… ».

Paroles d’anciens primés : Daniel Grandclément, Grand prix +40 mn (2008)

Chaque année depuis sa création, le FIGRA récompense plusieurs réalisateurs pour leurs films. Dans cette rubrique, nous donnons la parole à d’anciens primés. Aujourd’hui, c’est le tour de Daniel Grandclément. 9 ans après avoir été primé, il nous confie son témoignage et nous explique ce que gagner a changé pour lui.  

 

« Quand j’ai été primé, je me suis senti reconnu dans ce métier. Pas vis-à-vis des autres mais pour moi. C’était un grand bonheur. Par la suite, le film a eu une notoriété bien plus grande que mes autres documentaires. Il a été vu dans 25 pays. »

Lors de l’édition 2008 du Figra, il a été lauréat du « Grand prix » du festival pour « Les martyrs du golf d’Aden ». Cette année, il présente « Les enfants du port » dans la catégorie « documentaires de plus de 40 minutes ». Il a suivi les enfants des rues à Haïti.

 

Paroles d’anciens primés : Bruno Joucla, Grand prix +40 mn (2016)

Chaque année depuis sa création, le FIGRA récompense plusieurs réalisateurs pour leurs films. Dans cette rubrique, nous donnons la parole à d’anciens primés. Aujourd’hui, c’est le tour de Bruno Joucla. Lors de l’édition 2016 du Figra, il a été lauréat du « Grand prix » du festival ainsi que du prix Aïna Roger-ESJ Lille pour « Au nom de l’ordre et de la morale ». Cette année, il est membre du jury dans la catégorie « documentaires de plus de 40 minutes ». Un an après avoir été primé, il nous confie son témoignage et nous explique ce que gagner a changé pour lui.  

 

«Être primé permet avant tout au film d’avoir une longue vie derrière. En tant que réalisateur, on n’espère pas seulement que notre documentaire soit diffusé, mais aussi qu’il vive le plus longtemps possible et qu’il défende la cause qu’on a soutenue. En l’occurrence, mon film, « Au nom de l’ordre et de la morale », a permis de faire parler de lui en Suisse, qu’il soit vu et diffusé là-bas. Même si le sujet de mon film était déjà connu en Suisse au moment de sa sortie, il a aussi permis aux médias helvétiques de voir le problème sous un angle différent, avec mon regard, celui d’un étranger. Cela nous a fait plaisir parce qu’on s’est dit qu’avec ce film, on avait réussi à apporter un peu de recul sur ce que la Suisse a vécu des années 1940 aux années 1980.

D’un point de vue personnel, être primé a été un accomplissement. Je suis monteur de profession, cela fait vingt ans que je monte des documentaires et que j’aide les réalisateurs à raconter le mieux possible ce qu’ils ont filmé. Plusieurs des reportages sur lesquels j’ai travaillé en tant que monteur ont d’ailleurs été primés au FIGRA dans le passé. Mais bien sûr, gagner l’année dernière en tant que réalisateur a été une sorte d’aboutissement de mon travail. C’est très plaisant et encourageant pour la suite. D’ailleurs, je continue l’expérience puisque j’ai réalisé deux autres films et suis sur un nouveau projet en ce moment : un documentaire sur le combat des mères à la maternité.»